Le financement de l’innovation française commence l’année sur un rythme plus modéré que l’an dernier. Eldorado a recensé 29 levées de fonds en janvier 2026 pour un montant total de 540,7 millions d’euros.
Le ticket moyen s’établit à 18,6 M€, pour un ticket médian de 5 M€ : un début d’année qui ne brille pas par le volume, mais par la taille des tours de table les plus significatifs.
Les capitaux se concentrent sur un nombre limité de dossiers jugés stratégiques, tandis que l’amorçage reste actif mais sous tension.
🔢 Les chiffres clés du mois
- Nombre de levées : 29
- Montant total levé : 540,7 M€
- Ticket moyen : 18,6 M€
- Ticket médian : 5 M€
Un niveau correct mais en retrait, avec une concentration des financements sur quelques opérations majeures.
📈 Comparaisons temporelles : un début d’année plus calme mais plus concentré
Par rapport à janvier 2025, la dynamique est clairement orientée à la baisse en volume, mais pas en ambition sur les tickets :
- Le montant total recule de 677,8 M€ à 540,7 M€, soit une baisse d’environ 20 %.
- Le nombre de levées passe de 50 à 29, soit une chute de plus de 40 %.
- Le ticket moyen, lui, progresse nettement : 18,6 M€ en janvier 2026, contre 13,8 M€ un an plus tôt.
- Le ticket médian passe de 4,25 M€ à 5 M€, confirmant une montée en gamme progressive des tours financés.
Le marché français finance donc moins de startups, mais avec une intensité de capital importante sur les dossiers qui passent le filtre des investisseurs. La French Tech évolue clairement vers un écosystème à deux vitesses, où les projets jugés les plus solides ou stratégiques captent l’essentiel des ressources.
💸 Les stades d’investissement : montée en puissance des Séries A et B
La structure par stade illustre parfaitement ce phénomène de concentration.
L’early stage reste dynamique en nombre, mais relativement marginal en montants.
Les tours Pre-seed et Seed représentent 17 opérations pour un total de 72,15 M€ levés, soit à peine 13 % des capitaux du mois. Les tickets moyens y restent contenus – autour de 4,4 M€ – malgré quelques belles opérations.
La Série A joue le rôle de palier intermédiaire : 9 levées, pour 102,3 M€ au total, soit près d’un cinquième des montants. Les tickets y oscillent autour de 11,4 M€ en moyenne, ce qui reste significatif tout en demeurant cohérent avec des entreprises encore en phase de structuration.
Mais ce sont bien les stades plus avancés qui donnent le tempo. Avec 3 opérations en Séries B, C et E, le late stage concentre 366,2 M€, soit près de 70 % des fonds levés. Le ticket moyen dépasse 122 M€ : quelques méga-tours suffisent à façonner le visage statistique du mois.
En résumé, janvier 2026 est un mois où la profondeur de marché existe, mais ce sont les tours de croissance et de late stage qui dictent l’allure globale.
🔬 Secteurs financés : software, aérospatial et biotech en vitrine
Côté secteurs, trois grandes thématiques dominent largement les montants levés.
En tête, le software s’impose avec 175 M€ levés sur une seule opération : la Série E de Pennylane, qui confirme l’attrait des investisseurs pour les plateformes SaaS B2B à forte récurrence et à forte traction commerciale. Une seule levée, mais un signal puissant quant à la capacité de la French Tech à faire émerger des champions européens sur des verticales critiques comme la comptabilité et la gestion financière.
Juste derrière, l’aérospatial signe également un mois exceptionnel, avec 171,2 M€ levés sur une seule opération : HARMATTAN AI, qui développe des systèmes d’intelligence artificielle appliqués notamment aux données et infrastructures spatiales. Ce tour rappelle que les technologies duales, à la frontière entre civil et souveraineté, restent au cœur des priorités d’investissement.
La biotech complète ce trio de tête avec 6 levées totalisant 68,75 M€. Les montants y sont plus étalés, avec une succession de tickets intermédiaires qui confirment la place centrale de la santé et des sciences de la vie dans le paysage deeptech français.
Derrière ces locomotives, plusieurs secteurs tirent également leur épingle du jeu :
- l’énergie (notamment avec Sunlib),
- l’assurance (avec l’AssurTech Stoïk),
- l’environnement,
- le divertissement et le jeu vidéo,
- la santé / MedTech et la deep tech industrielle.
L’ensemble dessine un écosystème très technologique, fortement orienté vers des enjeux de souveraineté (software comptable, spatial, biotech, cyber, énergie).
🌍 Géographie : l’Île-de-France domine, les régions deeptech restent actives
La géographie des levées de janvier 2026 reste fidèle aux équilibres habituels de la French Tech.
L’Île-de-France capte l’essentiel des capitaux, avec 16 opérations pour un total de 445,3 M€, soit plus de 82 % des montants du mois. La médiane y atteint 5,1 M€, reflet d’un tissu d’entreprises déjà bien structurées, entourées d’un écosystème d’investisseurs très dense.
Derrière ce pôle central, plusieurs régions affichent une activité notable :
- La Provence-Alpes-Côte d’Azur se distingue avec 5 levées pour 48,8 M€, et une médiane de 5 M€. C’est notamment là que se jouent plusieurs belles histoires en biotech et en énergie, comme Sunlib ou Mycophyto.
- L’Auvergne-Rhône-Alpes enregistre 4 opérations pour 27,7 M€, confirmant son rôle de hub deeptech industriel et biotech.
- L’Occitanie (2 levées, 13,25 M€), la Normandie (1 levée, 3,6 M€) et la Nouvelle-Aquitaine (1 levée, 2 M€) complètent le panorama.
On retrouve ainsi une configuration bien connue : une hyper-concentration des montants en Île-de-France, entourée de pôles régionaux spécialisés dans la santé, la deeptech, l’agriculture ou encore l’énergie.
🏗️ Modèles économiques : le B2B s’impose sans partage
Sans surprise, la stratégie B2B domine très largement les levées de janvier.
Les startups positionnées sur des modèles BtoB concentrent 23 des 29 opérations et cumulent 501,35 M€, soit plus de 93 % des montants levés. Le message est clair : les investisseurs privilégient des entreprises capables de monétiser rapidement auprès de clients professionnels, avec des tickets importants lorsque la proposition de valeur est solide.
Les modèles BtoBtoC (3 levées, 27,5 M€) et BtoC (3 levées, 11,8 M€) restent marginaux, même s’ils continuent de jouer un rôle dans certains verticaux comme le divertissement, la santé ou les services au quotidien.
L’ensemble confirme que les investisseurs ciblent prioritairement des revenus récurrents, industrialisables et scalables, tout en continuant de financer une base de projets deeptech en phase de R&D.
👥 Mixité : 7 startups avec au moins une fondatrice, dont 2 équipes 100 % féminines
On identifie 7 startups avec au moins une cofondatrice, soit 24 % des 29 deals du mois,
Parmi elles, deux équipes sont 100% féminine :
- Enodia Therapeutics – 20,7 M€ (Seed, Biotech, Île-de-France)
- Mycophyto – 16 M€ (Série A, Biotech, Provence-Alpes-Côte d’Azur)
Les autres levées impliquant au moins une cofondatrice se font au sein d’équipes mixtes :
- BrightHeart – 11 M€ (Série A, Santé / MedTech, Île-de-France)
- Sunlib – 25 M€ (Série A, Énergie, Provence-Alpes-Côte d’Azur)
- Notom – 2 M€ (Seed, Software / LegalTech, Île-de-France)
- Recupere Metals – 5 M€ (Seed, Environnement / Industrie, Occitanie)
- Evolutive Agronomy – 1,8 M€ (Seed, Agri / Biotech, Provence-Alpes-Côte d’Azur)
En face, 22 startups présentent une équipe fondatrice 100 % masculine, pour un total de 459,15 M€ levés, soit 85 % des montants.
La photographie reste donc contrastée : la présence de cofondatrices est bien réelle, parfois sur des dossiers emblématiques et très technologiques (biotech, énergie, climat, industrie), mais les équipes masculines captent encore l’écrasante majorité des capitaux.
💸 Investisseurs : Bpifrance en chef de file, ouverture ciblée à l’international
Côté investisseurs, Bpifrance joue une nouvelle fois un rôle central. En agrégeant les colonnes d’« Invest 1 » à « Invest 8 », l’institution publique apparaît dans 8 tours sur le mois, confirmant sa position de pilier du financement de la French Tech, en particulier sur les segments deeptech et stratégiques.
Parmi les acteurs les plus visibles, on retrouve également :
- Kima Ventures, présent dans 3 opérations, fidèle à sa stratégie d’hyper-activité sur l’early stage.
- Innovacom, SistaFund, 50 Partners et Go Capital, impliqués chacun dans 2 tours, souvent sur des dossiers technologiques bien ancrés dans leur territoire ou leur vertical.
Si la majorité des tickets restent financés par des fonds français, la dimension internationale est bien présente :
- La France totalise 71 participations investisseurs.
- Les États-Unis suivent avec 15 participations recensées.
- La Belgique, le Luxembourg, le Royaume-Uni, le Maroc, la Taïwan ou encore l’Autriche complètent la liste.
Le mois de janvier confirme ainsi une configuration désormais classique : ancrage domestique fort, mais ouverture ciblée aux fonds étrangers sur les dossiers les plus ambitieux.
🥇 Top 5 des levées de fonds de janvier 2026
- Pennylane – 175 M€ – Série E – Software – Île-de-France
Fintech qui développe une plateforme de comptabilité et de gestion financière intégrée pour les PME, associant cabinet comptable et outil SaaS temps réel. - HARMATTAN AI – 171,2 M€ – Série B – Aérospatial – Île-de-France
Spécialiste des systèmes d’intelligence artificielle appliqués au spatial, notamment pour la gestion de constellations et la valorisation des données satellites. - Sunlib – 25 M€ – Série A – Énergie – Provence-Alpes-Côte d’Azur
Startup qui veut démocratiser l’accès à l’énergie solaire auprès des particuliers et petits pros via des offres clés en main et des modèles hybrides BtoB/BtoC. - Enodia Therapeutics – 20,7 M€ – Seed – Biotech – Île-de-France
Entreprise biopharmaceutique développant de nouvelles thérapies pour des maladies sévères, à forte intensité de R&D. - Stoïk – 20 M€ – Série C – Assurance – Île-de-France
AssurTech spécialisée dans la couverture du risque cyber pour les PME, combinant assurance et outils de prévention.
Ces cinq opérations représentent à elles seules 411,9 M€, soit plus de 76 % des montants du mois.
📌 Conclusion : un mois de consolidation
Janvier 2026 ne marque pas un redémarrage en fanfare pour le financement de la tech française, mais il confirme un recentrage des investisseurs sur des entreprises plus matures, mieux structurées, et évoluant souvent dans des secteurs à fort impact technologique ou médical.
En résumé, janvier 2026 ouvre l’année sur un niveau d’activité modéré, mais :
- avec un ticket moyen en forte hausse ;
- une concentration des capitaux sur quelques leaders sectoriels (software, aérospatial, biotech) ;
- un écosystème très orienté B2B et deeptech ;
- une présence féminine encore trop faible en valeur, malgré quelques signaux positifs.
La suite de 2026 dira si ce schéma se poursuit avec un early-stage qui reste vivant mais sous tension et des tours de croissance ciblés, capables de capter des montants très significatifs, y compris auprès d’investisseurs internationaux.