💰 Bilan 2025 du financement des startups françaises : stabilisation, sélectivité et signaux positifs

Le financement des startups françaises en 2025 s'élève à 7,15 milliards d’euros (+3,6 %) via 486 opérations (-26,1 %). Une année de stabilisation et de sélectivité accrue.


Analyses des levées de fonds
Publié le 07/01/2026

L’année 2025 marque une étape charnière pour l’écosystème tech français. Après une période de consolidation amorcée dès 2023, les startups tricolores ont levé 💰 7,15 milliards d’euros (+3,6 %) à travers 486 opérations (-26,1 %). Une progression modeste du financement des startups françaises qui confirme l’entrée dans une nouvelle phase de maturité du capital-risque en France.

 

Une stabilisation bienvenue après deux années de repli

Entre l’euphorie post‑Covid et le choc de la remontée des taux, la trajectoire du financement de la French Tech s’est profondément transformée en trois ans. L’année 2022 restera comme l’âge d’or de l’écosystème, avec 15,5 milliards d’euros levés, portée par une liquidité abondante, une course à l’hyper‑croissance et une multiplication des méga‑levées.

2023 a marqué un net retournement de cycle. Les montants avaient chuté de 41 %, à 9 milliards d’euros. Le nombre d’opérations, lui, passait de 1 144 à 982, sous l’effet combiné du resserrement monétaire, du retrait brutal des investisseurs late‑stage et d’une correction généralisée des valorisations. Cette année‑là signait clairement la fin de “l’argent facile” et l’entrée dans un marché de sélection.

En 2024, la contraction a continué. Les startups françaises ont levé 6,9 milliards d’euros à travers 658 opérations, soit une baisse d’environ 17 % en valeur par rapport à 2023, mais avec un volume de deals qui restait élevé. Cette phase est largement perçue comme un assainissement attendu, où les projets les moins robustes disparaissent tandis que les fondamentaux reprennent le dessus.

Dans ce contexte, 2025 apparaît comme une année charnière : avec 7,15 milliards d’euros levés, le marché ne renoue pas avec la croissance forte, mais cesse de se contracter. La stabilisation des montants, combinée à un niveau d’activité toujours soutenu, confirme que l’écosystème a atteint un nouvel équilibre structurel.

 

📈 La pyramide de financement des startups françaises évolue

La répartition par stades d’investissement illustre cette maturité croissante. Le Seed reste le segment le plus actif en volume, alimenté par un tissu d’amorçage dynamique, soutenu notamment par Kima Ventures, Bpifrance et de nombreux micro-fonds régionaux.

La Série A confirme son rôle de maillon stratégique : près d’un tiers des levées y sont concentrées, avec des tickets souvent compris entre 4 et 15 millions d’euros. C’est à ce stade que se joue la montée en puissance industrielle ou commerciale des jeunes pousses.

Les Séries B et C, bien que plus rares, concentrent une part importante des montants. Elles permettent de consolider les scale-ups, d’ouvrir de nouveaux marchés et parfois de préparer une sortie ou une croissance externe. On retiendra des opérations majeures comme celles de Gojob (120 M€), Adcytherix (105 M€) ou encore Filigran (50 M€).

Enfin, le Private Equity fait une incursion notable dans le capital des startups en croissance. Les tours menés par des fonds comme Persol ou des corporate ventures témoignent d’un élargissement des sources de financement — avec des logiques de build-up, croissance rentable ou consolidation sectorielle.

 

🇫🇷 Une tech française toujours très francilienne… mais les régions s’affirment

Sans surprise, l’île-de-France domine toujours l’écosystème avec environ 60 % des opérations et plus de 65 % des montants levés. Paris reste le cœur du capital-risque, tiré par sa densité d’incubateurs, de fonds, de clients potentiels et de talents.

Mais 2025 est aussi marquée par l’émergence de régions dynamiques :

  • Provence-Alpes-Côte d’Azur se distingue avec des levées majeures (Adcytherix, Gojob), tirant parti de la force du pôle biopharma et RH.
  • Auvergne-Rhône-Alpes s’impose comme une place forte du quantique, de la santé et de l’industrie deeptech.
  • Bretagne, Nouvelle-Aquitaine ou Hauts-de-France montrent également des signes de structuration, notamment via les SATT, pôles de compétitivité et fonds régionaux.

📉 Ces dynamiques territoriales montrent que la French Tech se décentralise progressivement, notamment dans les domaines industriels, climatiques ou deeptech, qui trouvent dans les régions des ressources humaines et techniques adaptées à leur développement.

 

🔬 Les secteurs stars : IA, santé, cybersécurité et climat

Le paysage sectoriel de 2025 reflète les grandes priorités technologiques et géopolitiques du moment.

  • 🤖 L’intelligence artificielle reste en tête, dopée par l’effet Mistral AI (1,7 Md€), mais aussi une myriade de startups spécialisées dans l’IA appliquée (Retab, Massive Dynamic, Relief…). En volume comme en valeur, l’IA représente plus du tiers des montants levés en 2025.
     
  • 🧬 La santé et la biotech poursuivent leur montée en puissance avec des dossiers comme Step Pharma, GenoMines, ou encore One Biosciences. La conjonction entre deeptech, souveraineté industrielle et besoins sociétaux (vieillissement, cancers, IA médicale) rend ce secteur incontournable.
     
  • 🛡️ La cybersécurité gagne du terrain, portée par des tensions géopolitiques et des besoins croissants de souveraineté numérique. Des startups comme Filigran, Dream On Technology ou Label4.ai incarnent cette vague.
     
  • 🌱 La climat-tech et l’énergie (notamment le nucléaire, l'hydrogène et les e-fuels) attirent également des capitaux, même si la concentration reste encore modeste par rapport à d'autres verticales. À noter : Stellaria, Khimod ou Hexana sont des exemples de deeptech climatiques tricolores émergentes.
     

💶 Moins de deals, mais des tickets plus élevé

Le ticket moyen s’établit à 14,7 M€ en 2025, en légère hausse par rapport à 2024 (13,9 M€), ce qui reflète une meilleure structuration des financements intermédiaires malgré une baisse du nombre de méga-levées. Cette évolution traduit la volonté des investisseurs de soutenir des projets plus matures, avec des besoins précis en capital et une traction commerciale ou technologique démontrée.

Le ticket médian reste stable autour de 4 M€, ce qui confirme une tendance installée depuis mi-2023 : les tours de table visent des startups post-revenus, avec des valorisations ajustées à des fondamentaux plus solides.

Le temps moyen entre deux tours continue de s’allonger en 2025, tandis que les bridges se généralisent, souvent menés par les investisseurs historiques. Le marché reste sélectif mais gagne en maturité, avec un financement plus rationnel et mieux calibré.

Cette dynamique s’inscrit dans une tendance amorcée depuis trois ans : le nombre de tours de table est passé de 1 144 en 2022 à 982 en 2023, puis à 658 en 2024, pour atteindre 486 en 2025. La contraction du volume s’accompagne d’un recentrage sur des opérations à plus forte valeur ajoutée.

Dans le même temps, la part des amorçages et séries A reste prépondérante en 2025, mais on note un début de reprise sur les séries B et C, avec quelques tours notables comme Gojob (120 M€) ou Adcytherix (105 M€). Une vingtaine d’opérations dépassent les 30 M€, traduisant un retour progressif de l’appétit pour le capital de croissance, notamment dans les secteurs IA, santé et cybersécurité.

 

🌍 Un capital toujours très français, mais des fonds étrangers présents sur les dossiers stratégiques

Comme en 2024, les tours de table sont majoritairement menés par des fonds français, avec Bpifrance toujours en chef de file, aux côtés de Kima, Eurazeo, Newfund, Ring Capital ou Kurma.

Les investisseurs internationaux, quant à eux, ciblent les dossiers stratégiques : NVIDIA, ASML ou Andreessen Horowitz sur Mistral AI, Lakestar sur Faktus, ou Insight Partners sur Filigran. Leur présence est qualitative, souvent minoritaire en nombre, mais cruciale en valeur et en crédibilité.

Notons aussi une montée en puissance des corporate ventures (TotalEnergies, Keolis, SCOR, Deutsche Telekom…) qui viennent soutenir des stratégies industrielles ciblées, notamment en RH, cybersécurité, énergie ou mobilité.

 

👩‍💼 Mixité : encore un long chemin à parcourir

La part des levées impliquant au moins une fondatrice progresse légèrement, mais reste en dessous de 20 % des opérations, et encore plus basse en valeur (autour de 12-15 %). Pourtant, certaines opérations notables (GenoMines, Million Victories, EverZom) montrent l’intérêt pour les équipes mixtes sur les plus gros tours de table.

Le problème persiste en amorçage, où les startups féminines restent moins financées dès les premiers tours, freinant mécaniquement leur montée en gamme. C’est un enjeu que les investisseurs devront prioriser s’ils souhaitent construire un écosystème réellement inclusif.

🎯 L’enjeu 2026 : déverrouiller l’accès des femmes fondatrices à des tickets early-stage significatifs, pour élargir la base du pipeline.

 

📌 2025 : une année de consolidation et de sélection pour la French Tech

Ce retour à une forme de normalité est largement partagé par les investisseurs. La période 2021‑2022, marquée par une croissance à tout prix et des valorisations déconnectées de la rentabilité, a mécaniquement laissé place à un marché plus exigeant.

Cette sélection s’accompagne aussi d’une hausse des défaillances, phénomène encore marginal mais révélateur : selon les données de la Banque de France, 5,6 % des startups matures ont cessé leur activité entre janvier 2023 et mai 2024, et 128 startups innovantes ont fait faillite depuis début 2023. Un chiffre qui reste contenu à l’échelle de l’écosystème, mais qui rappelle que toutes les startups ne sont pas destinées à survivre, et que la maturité passe aussi par l’acceptation de l’échec.

Les levées se structurent autour de :

  • 🧠 technologies différenciantes,
  • 📈 modèles économiques durables,
  • 👥 équipes expérimentées,
  • 🇦🇹 ambitions européennes assumées.

Dans ce contexte, 2025 apparaît comme une année de reconstruction silencieuse, loin des records médiatiques, mais porteuse d’une croissance qualitative.

 

🔮 Quelles perspectives pour le financement des startups françaises en 2026 ?

Cette phase de consolidation s’accompagne aussi d’un réalisme accru sur les ambitions de licornes. En 2025, le nombre de licornes est resté assez stable en dehors de l’entrée de Loft Orbital et de Brevo.

Ces trajectoires contrastent avec des revers emblématiques comme Ynsect, placée en procédure de sauvegarde, ou Meero, contrainte à un pivot stratégique. Elles illustrent un changement de paradigme : la taille ne suffit plus, et seuls les modèles capables de conjuguer différenciation technologique, discipline financière et exécution industrielle peuvent prétendre jouer dans la cour des grands.

Les bases sont là : écosystème mature, fonds actifs, entrepreneurs aguerris. Si le contexte macroéconomique (taux, élection américaine, stabilité géopolitique) reste favorable, 2026 pourrait être l’année du retour à la croissance nette et de nouvelles licornes made in France ?

L’innovation est toujours là. Les talents aussi. Le capital, plus sélectif, n’a pas disparu. Il ne reste qu’un ingrédient : la confiance.

 

Avec la contribution de
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