"L'investisseur en seed, c'est celui qui va t'accompagner sur une grosse partie de la vie de ta startup"

Retour d'expérience de Ludovic Huraux, CEO & Co-fondateur de Shapr, une application qui accompagne les stratups à chaque étape de son développement. 


Ecosytème startup
Publié le 22/06/2021

Pour nourrir notre article sur la façon de lever des fonds en temps de crise, nous sommes partis à la rencontre d'entrepreneurs et d'investisseurs qui se sont révélés actifs pendant cette période. Voici le témoignage de Ludovic Huraux, CEO de Shapr.

Bonjour Ludovic, pourrais-tu commencer par te présenter ?

Après trois ans passés dans le milieu du Private Equity, j'ai créé Attractive World, un site de rencontres positionné sur le segment premium à l'époque où il n'existait que la plateforme généraliste Meetic. Le site a très bien fonctionné : c’est devenu l'un des trois plus gros sites de rencontres en France, et nous avons atteint la rentabilité dès 2013. En 2014 nous avons commencé à distribuer des dividendes, avant qu'un groupe coté à la bourse de New York nous rachète en 2016. Je suis désormais focus sur Shapr, une plateforme de matchmaking professionnel à destination des entrepreneurs de la tech du monde entier. 

Quelle a été la trajectoire de Shapr ?

En 4 ans, nous sommes passés de zéro à 2,5M d'utilisateurs sur notre app de networking dont une majorité d’utilisateurs sont aux US et en France. Depuis un peu plus d'un an maintenant, nous avons lancé 3 services B2B qui s'appuient sur la communauté Shapr :

  • Shapr Talent, une plateforme qui met en relation les startups avec les meilleurs candidats Sales & Growth. A l'heure actuelle, plus de 700 startups utilisent la plateforme en France.
  • Shapr Founders, une plateforme qui met en relation des startups pré-seed avec les meilleurs entrepreneurs de la tech pour de l’advisory. En échange de leur “coaching”, ces derniers prennent 1,5% de l'equity dans ces projets avec un vesting de 3 ans.
  • Shapr Ventures, un VC qui investit entre 300k€ et 1M€ dans des tours de seed, avec la garantie pour la startup financée de bénéficier de tout l’écosystème Shapr pour accélérer sa croissance.

Avec près de 2 000 startups inscrites sur l’ensemble de nos services, le bilan est très positif et nous a permis d’atteindre la rentabilité.

Il me semble que tu investis également à titre personnel dans des startups ?

C'est exact ! J'ai investi à ce jour dans une petite dizaine de startups, comme Hugging Face aux US dans laquelle je suis rentré à leur tour de pré-seed et qui vient de lever 40M$ en Série B. J'ai également investi dans Indigo, un startup studio dédié à la santé mentale aux Etats-Unis, dans Tabesto (des bornes de commande pour les fast food),Pandacraft (une startup de jeux éducatifs) en France, ou dans Kumo (qui fait du snacking japonais ultrafrais).

Ce qui m'excite avant tout, ce sont les aventures humaines, et les coups de cœur que je peux avoir pour les fondateurs !

Qu'est-ce que la crise a changé pour toi, en tant qu'investisseur et entrepreneur ?

Cela n'a pas changé grand chose à mon envie d'investir, qui est toujours là. Nous avons conclu 3 deals avec Shapr Ventures, tous pendant la Covid-19. On voit d'ailleurs que les investissements dans les startups ont continué de progresser en 2021, malgré la persistance de la crise sanitaire. Evidemment, quelques startups souffrent de la crise, surtout lorsqu'elles sont exposées à des secteurs comme le tourisme et l'événementiel. Malgré tout, le segment de la Tech est celui qui s'en sort le mieux.

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Ensuite, en ce qui concerne ma façon d'investir, deux choses ont changé dans mon approche. D'une part, c'est évident mais on ne rencontre plus les personnes physiquement avant d'investir dans leurs projets, tout se passe par visio-conférence. Le problème, c'est que les ondes qu'on sent passer avec un entrepreneur sont plus difficilement détectables en visio! D'autre part, on essaie désormais de réfléchir aux investissements dans un monde post-covid qui ne ressemblera pas à celui d'aujourd'hui. Un monde où la part de télétravail sera plus importante, ce qui impose d'avoir une réflexion sur les implications en termes de flux de population...

Que conseillerais-tu à un entrepreneur qui souhaite rencontrer des investisseurs à l'heure où les événements physiques se font de plus en plus rares ?

Je lui dirais de s'inscrire sur Shapr networking ! Il pourra créer des connexions beaucoup moins formelles. S'il cherche des financements, il peut s'inscrire sur Shapr Ventures en moins de 5 minutes, et aura la garantie que son projet sera regardé par un humain et pas seulement un algorithme.

De façon plus générale, quelles sont les erreurs à éviter pour l'entrepreneur qui souhaite lever des fonds ?

Premièrement, il faut construire un deck court. Je conseille toujours de considérer le deck comme un produit : avant de chercher à construire un produit compliqué, il faut s'assurer du product-market fit. C'est pareil pour le deck : concevoir un deck de 15 slides maximum est nettement plus efficace qu'un deck de 30 slides. Ensuite, il faut évidemment travailler la façon de présenter le projet. Chaque élément du discours doit être nécessaire et le plus simplifié possible. L'entrepreneur doit essayer de se mettre à la place de l'investisseur s'il veut capter son attention. Je conseille également de limiter le nombre de pitch, et de choisir les investisseurs les plus pertinents - cela permettra de ne pas gaspiller d'énergie et de matcher avec le bon investisseur ! Enfin, il me faut évoquer le sujet de la valorisation : de nombreux entrepreneurs veulent tirer leur valorisation vers le haut pour diminuer leur dilution. Ils se heurtent ce faisant au risque d’un “down round” si les metrics attendues ensuite ne sont pas au rendez-vous.. Plus que la valorisation, j'invite à prendre en compte les personnes qui accompagnent l'entrepreneur : il ne faut pas oublier que l'investisseur en seed est celui qui va t'accompagner sur une grosse partie de la vie de ta startup. Aussi, il est important de veiller à aligner les intérêts et à créer la meilleure equity story possible.

 

Avec la contribution de
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Manon Caussade

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