En mars 2026, les startups françaises ont levé 1 735,02 millions d’euros à travers 35 opérations. Un mois exceptionnel en valeur, porté par deux très grandes levées : AMI Labs, qui concentre à elle seule 890 M€, et Pasqal, qui lève 340 M€.
Ce niveau place mars très nettement au-dessus de février 2026, qui totalisait 438,6 M€ pour 35 opérations. Le nombre de deals reste donc strictement identique d’un mois sur l’autre, mais les montants changent d’échelle : mars affiche près de 4 fois plus de capitaux levés que février.
Le mois illustre une dynamique désormais bien installée dans le capital-risque français : les investisseurs restent sélectifs, mais peuvent mobiliser des montants très importants lorsqu’ils identifient des entreprises positionnées sur des secteurs stratégiques, notamment l’intelligence artificielle, le quantique, l’énergie et les infrastructures technologiques.
Les chiffres clés du mois 🎉
💰 Montant total levé : 1 735,02 M€
📊 Nombre de deals : 35
💸 Ticket moyen : 49,6 M€
🪙 Ticket médian : 6 M€
Le contraste entre le ticket moyen et le ticket médian est particulièrement marqué. Avec une moyenne de près de 50 M€, mais une médiane à 6 M€, le mois est très fortement tiré vers le haut par quelques opérations hors norme.
Hors AMI Labs, le total du mois reste néanmoins élevé, à 845,02 M€ pour 34 opérations. Cela confirme que mars ne repose pas uniquement sur une méga-levée, même si celle-ci structure fortement la lecture du mois.
📈 Comparaisons temporelles : un mois hors norme après un février plus équilibré
Après un mois de février plus modéré, marqué par 438,6 M€ levés pour 35 opérations, mars 2026 marque un changement d’échelle en valeur, tout en conservant exactement le même volume d’opérations .
La progression est donc exclusivement liée à la taille des tours. Le ticket moyen passe de 12,5 M€ en février à 49,6 M€ en mars, tandis que la médiane progresse plus légèrement, de 5 M€ à 6 M€.
Cette différence est importante : elle montre que le marché sous-jacent reste actif sur des tickets intermédiaires, mais que la performance globale du mois dépend fortement de quelques très grandes opérations.
Les cinq plus grosses levées du mois représentent 1 510 M€, soit environ 87 % du total levé en mars. Cette concentration rappelle les dynamiques observées dans les mois où une ou deux startups à très forte intensité capitalistique redessinent complètement les statistiques du marché.
🥇 Les plus grosses levées de fonds de la French Tech en mars 2026
AMI Labs – 890 M€ – Seed
AMI Labs, développe une infrastructure d’intelligence artificielle permettant de créer des applications avancées intégrant mémoire persistante, capacités de raisonnement et anticipation des actions. AMI Labs a été cofondée par Yann LeCun, Alexandre LeBrun, Saining Xie et Pascale Fung, une équipe de tout premier plan dans l’intelligence artificielle, mêlant recherche académique, entrepreneuriat tech et expertise avancée en modèles d’IA.
Cette levée, annoncée en Seed dans le fichier source, constitue l’opération majeure du mois. À elle seule, elle représente plus de 51 % des montants levés en mars 2026. Une opération hors norme en amorçage, la dernière de ce type étant celle de Mistral AI en septembre 2025.
Secteur : Intelligence Artificielle
Région : Île-de-France
Investisseurs : Cathay Innovation, Greycroft, HV Capital, Hiro Capital, Bezos Expeditions, New Legacy Ventures, Temasek, Bpifrance
Pasqal – 340 M€ – Late stage
Pasqal développe des ordinateurs quantiques. La startup confirme son statut d’acteur stratégique de la deeptech française et européenne.
Cette opération représente près de 20 % du total mensuel et illustre l’appétit des investisseurs pour les technologies de rupture à forte intensité de capital.
Secteur : Deep Tech
Région : Île-de-France
Investisseurs : Temasek, Saudi Aramco Entrepreneurship Ventures, ISAI, Bpifrance, Parkway Venture Capital, Quanta Computer
Calogena – 100 M€ – Growth Equity
Calogena développe des réacteurs nucléaires modulaires standardisés destinés à fournir une chaleur bas carbone pour les réseaux de chauffage urbain et les applications industrielles.
Cette levée confirme l’intérêt croissant des investisseurs pour les solutions énergétiques de souveraineté et de décarbonation.
Secteur : Énergie
Région : Provence-Alpes-Côte d’Azur
Investisseurs : Groupe Gorgé, SNEF, Banque des Territoires
Alan – 100 M€ – Growth Equity
Alan poursuit son développement dans l’assurance santé digitale, avec une plateforme proposant une couverture complémentaire et des services entièrement dématérialisés.
Cette opération confirme la capacité de certaines scale-ups françaises déjà bien établies à continuer de lever des montants significatifs dans un marché pourtant plus exigeant.
Secteur : Assurance
Région : Île-de-France
Investisseurs : Index Ventures, Belfius, Greenoaks Capital, Kaaf Investments, SH Capital
Jimmy Energy – 80 M€ – Série B
Jimmy Energy développe des générateurs thermiques fondés sur la fission nucléaire, permettant aux sites industriels de produire de la chaleur décarbonée.
Avec cette Série B, la startup s’inscrit dans la dynamique des projets industriels deeptech liés à la transition énergétique et à la souveraineté industrielle.
Secteur : Énergie
Région : Île-de-France
Investisseurs : Crédit Mutuel Impact, ADEME Investissement, Eren Groupe, Noria, Polytechnique Ventures, Otium Capital, Omnes Capital, Serena
🧭 Répartition par stade : le Seed domine en volume et en valeur
La répartition par stade est atypique ce mois-ci, car le Seed domine à la fois en nombre d’opérations et en montants levés.
Les opérations Seed représentent 16 deals pour 948,1 M€, soit 54,6 % des montants du mois. Ce chiffre est très fortement influencé par AMI Labs, mais il confirme aussi l’activité soutenue de l’amorçage.
La Série A reste également bien représentée, avec 11 opérations pour 113,3 M€. Elle forme le cœur du marché intermédiaire, avec des startups en phase de structuration commerciale, technologique ou industrielle.
Les Séries B totalisent 4 opérations pour 132,12 M€, portées notamment par Jimmy Energy, Qevlar AI et DeepIP.
Enfin, les tours plus avancés concentrent une part importante des capitaux :
- Growth Equity : 2 opérations – 200 M€
- Late stage : 1 opération – 340 M€
- Capital Increase : 1 opération – 1,5 M€
Cette structure illustre un marché à deux vitesses : une base early-stage active, et quelques opérations de croissance ou late-stage capables de mobiliser des tickets très importants.
🌍 Répartition géographique : l’Île-de-France capte près de 90 % des financements
Sans surprise, l’Île-de-France domine très largement les levées de mars 2026.
La région concentre :
- 22 opérations
- 1 541 M€ levés
- soit 88,8 % des montants du mois
Cette domination s’explique notamment par la présence des deux plus grosses opérations du mois, AMI Labs et Pasqal, toutes deux franciliennes.
Derrière, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur réalise une performance notable avec 109,5 M€ levés sur 3 opérations, portée principalement par Calogena.
Les autres régions restent plus modestes ce mois-ci :
- Auvergne-Rhône-Alpes : 21,1 M€ – 2 opérations
- Nouvelle-Aquitaine : 5 M€ – 1 opération
- Occitanie : 5 M€ – 1 opération
- Grand Est : 3 M€ – 1 opération
La concentration francilienne est donc particulièrement forte en mars, davantage encore que lors de nombreux mois précédents.
🔬 Secteurs d’attraction : l’IA, le quantique et l’énergie captent l’essentiel des capitaux
Le mois de mars est très clairement dominé par des secteurs stratégiques.
L’Intelligence Artificielle arrive en tête avec 898,5 M€ levés sur 4 opérations, essentiellement grâce à AMI Labs. Ce secteur représente à lui seul 51,8 % des montants du mois.
La Deep Tech suit avec 380,3 M€ levés sur 7 opérations, portée par Pasqal mais aussi par plusieurs startups industrielles et technologiques.
L’Énergie se distingue également avec 188,2 M€ levés sur 3 opérations, notamment grâce à Calogena et Jimmy Energy. Le mois confirme ainsi la montée en puissance des projets liés au nucléaire, à la chaleur bas carbone et à la transition industrielle.
Les autres secteurs restent actifs mais plus secondaires en valeur :
- Assurance : 100 M€
- Cybersécurité : 46,1 M€
- Biotech : 44,3 M€
- Software : 24,62 M€
- Santé / MedTech : 22,4 M€
Cette répartition met en évidence un capital-risque très orienté vers les infrastructures technologiques, la souveraineté industrielle et les solutions à forte barrière à l’entrée.
💸 Investisseurs les plus actifs : Bpifrance et Kima Ventures en tête
Les investisseurs français restent particulièrement présents dans les tours recensés en mars.
En nombre de participations, Bpifrance et Kima Ventures arrivent en tête avec 5 opérations chacune. Bpifrance est notamment présente dans les tours d’AMI Labs et Pasqal, ce qui lui donne une exposition à deux des opérations majeures du mois.
Parmi les autres investisseurs actifs, on retrouve :
- Better Angle : 3 opérations
- Balderton Capital : 2 opérations
- Temasek : 2 opérations
- Banque des Territoires : 2 opérations
- Index Ventures : 2 opérations
- Eren Groupe : 2 opérations
- Serena : 2 opérations
- Galion.exe : 2 opérations
- Seedcamp : 2 opérations
- AFI Ventures : 2 opérations
La répartition par nationalité confirme la forte présence des investisseurs français, avec 85 participations recensées, devant les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne.
Cette combinaison d’acteurs français et internationaux traduit bien la structure actuelle du marché : les fonds français restent très présents dans le dealflow, tandis que les capitaux étrangers interviennent plus fortement sur les opérations les plus ambitieuses.
🧩 Stratégies et modèles économiques : domination écrasante du BtoB
Le BtoB domine très largement les levées de mars 2026.
Les startups BtoB concentrent :
- 28 opérations
- 1 710,92 M€ levés
- soit 98,6 % des montants du mois
Les modèles BtoC et BtoBtoC restent présents en volume, mais pèsent très peu en valeur ce mois-ci :
- BtoC : 4 opérations – 12,5 M€
- BtoBtoC : 3 opérations – 11,6 M€
Côté business model, les modèles par abonnement dominent avec 1 085,32 M€ levés sur 12 opérations, portés notamment par AMI Labs et Alan.
Les modèles de vente de produit représentent 401,8 M€, notamment grâce à Pasqal et à plusieurs startups deeptech.
Les modèles de service totalisent 227,6 M€, avec Calogena, Jimmy Energy et Waiv parmi les opérations notables.
Cette structure confirme la préférence des investisseurs pour des modèles scalables, récurrents ou fortement différenciés technologiquement.
👩💼 Les fondatrices du mois
Sur les 35 levées recensées en mars 2026, 8 concernent des startups fondées ou cofondées par au moins une femme, soit 22,9 % des opérations du mois.
Ces startups totalisent 1 024,1 M€ levés, soit 59 % des montants investis en mars. Ce chiffre est toutefois très fortement porté par AMI Labs, dont l’équipe fondatrice comprend une femme et qui représente à elle seule 890 M€.
Les opérations concernées sont :
- AMI Labs – 890 M€
- Jimmy Energy – 80 M€
- Waiv – 30 M€
- BaCta – 7 M€
- Amatera – 6 M€
- Lemrock – 6 M€
- Ilion Water Technologies – 3,8 M€
- Albupad – 1,3 M€
La dynamique est donc contrastée. En volume, la part des équipes avec au moins une fondatrice reste proche d’un quart des opérations. En valeur, elle est exceptionnellement élevée, mais dépend fortement d’un très petit nombre de deals.
Hors AMI Labs, les startups cofondées par au moins une femme totalisent 134,1 M€, soit environ 15,9 % du marché retraité de cette méga-levée. Cela montre que la progression en valeur reste encore fragile et très dépendante de quelques opérations majeures.
En conclusion
Mars 2026 s’impose comme un mois exceptionnel pour les levées de fonds françaises, avec 1,735 milliard d’euros levés sur 35 opérations.
Mais derrière ce chiffre spectaculaire, la lecture doit rester nuancée. Le volume de deals est identique à février, tandis que la hausse des montants provient principalement de quelques opérations majeures, en particulier AMI Labs et Pasqal.
Le mois confirme néanmoins plusieurs tendances fortes : la montée en puissance de l’intelligence artificielle, la profondeur du financement deeptech, l’intérêt croissant pour les infrastructures énergétiques bas carbone et la domination persistante du BtoB.
L’écosystème français démontre ainsi sa capacité à mobiliser des capitaux massifs sur des sujets stratégiques, tout en conservant une base active d’opérations early-stage. Un signal positif pour la French Tech, mais aussi le signe d’un marché toujours très concentré et sélectif.