La France au cœur des flux d’IDE européens et de l’investissement en capital-risque

Les enjeux de la nouvelle position de l’Hexagone comme leader européen des investissements directs étrangers (IDE)


Ecosytème startup
Publié le 31/05/2020

Les investissements directs étrangers (IDE) désignent les investissements réalisés par une unité institutionnelle étrangère afin “d'acquérir un intérêt durable dans une unité institutionnelle d'une autre économie et d'exercer une influence significative sur sa gestion dans le cadre d'une relation à long terme” (source : Insee). 

On distingue deux catégories d’IDE : celles aboutissant à la création d’actifs de production de celles consistant en l’achat d’actifs préexistants (via des opérations d’acquisition, de fusion ou de rachat). En principe, le seuil d’acquisition du capital social de l’entreprise cible est de 10% minimum. La logique pour ces entreprises est économique autant que stratégique : il s’agit souvent de réduire les coûts (matières premières, main d’œuvre, taxes et impôts) et/ou de faciliter l’accès à de nouveaux marchés.

L'effet de levier économique des IDE est indéniable : 3% des entreprises opérant en Europe sont étrangères, et pourtant elles constituent 18% de l’emploi de la zone (source : ESPON). Dans le contexte actuel de lente réouverture des économies, les gouvernements nationaux ont tout à gagner de mener une politique franche pour maintenir ces niveaux d’investissements et ainsi financer la relance.

Les IDE ne désignent toutefois qu’une famille précise d’actifs, l’investissement dans les jeunes pousses doit également être encouragé. Les startups françaises ont certes été largement soutenues par Bpifrance et l’Etat, mais les fonds et particuliers doivent également prendre le relais pour limiter le bouleversement du marché du capital-risque.

Les derniers chiffres des IDE en Europe et la nouvelle place de leader de la France

6 412 projets d’IDE européens ont été annoncés en 2019, un montant en très légère augmentation par rapport à 2018 (+0,9%). C’est la seconde meilleure année pour la région, après le record de 6 653 projets de 2017 (source : EY). Les secteurs du digital et des services aux entreprises ont attiré le plus d’investissements : à eux deux, ils constituent ainsi 31% des projets annoncés et 24% des emplois nouvellement créés. 

La proximité des clients constituent un des principaux critères pour la localisation des projets d’investissement : c’est précisément un des atouts de la région avec ses quelques 500 millions de consommateurs. Elle dispose également d’une main d’œuvre qualifiée, d’un secteur de la recherche dynamique et d’un réseau de transport finement maillé.

Top 10 des pays européens ayant attiré le plus d’IDE en 2019 (Source : EY)

La nouveauté cette année est la place de la France en tête des pays européens attirant le plus d’IDE. 1 197 projets ont été annoncés en Hexagone en 2019, soit une augmentation de 17% par rapport à 2018 (source : EY). Cela représente 18,8% de l’ensemble des projets annoncés en Europe, devant le leader historique britannique à 17,4%.

Le résultat d’un travail de fond de plusieurs années mené de front par le gouvernement français. La Loi Travail, la réduction générale des cotisations patronales ou encore la diminution progressive de l’impôts sur les sociétés (IS) ont rassuré le marché intérieur et les investisseurs étrangers quant aux intentions réglementaires. Partiellement débarrassée de son image de pays fiscalement défavorable, la France peut mettre ses atouts encore plus en avant. Elle est déjà championne d’Europe de R&D, grâce à son excellence académique et le maillage du territoire avec ses clusters d’innovation. La prochaine étape pour conforter ce nouveau statut sera la relocalisation des sièges sociaux d’entreprises étrangères sur le territoire. 

Les dirigeants français se déclarent plutôt optimistes quant à l’élan actuel mais attendent du gouvernement une attitude proactive et une stratégie long terme pour le maintenir. L’enjeu est de taille puisque ces apports financiers externes sont une manne en termes de transfert de technologie et de création d’emploi (hautement qualifiés en général). En Autriche, Belgique et Irlande, plus de 50% des dépenses nationales de recherche et développement sont ainsi réalisées par des firmes étrangères.

Le recalibrage opéré par le Brexit

La perspective du Brexit a joué sans aucun doute dans ce classement historique. L’incertitude des dernières années autour des discussions entre les parties (dont la peur d’un no-deal) avait nourri la peur des investisseurs, qui avaient annulé ou décalé leurs projets : les IDE avaient ainsi reculé de 35% dans la région en 2018. Le pays a toutefois démontré sa résilience avec une reprise des investissements l’année passée (+5%). La région du Grand Londres a même enregistré une reprise de 17%. Pas assez toutefois pour rester en première position en Europe. 

Bien que le dossier Royaume-Uni/UE soit encore loin d’être terminé, les entreprises du continent regagnent progressivement confiance depuis la victoire des conservateurs en décembre dernier : 24% considèrent le Brexit comme un des trois principaux risques pour l’attractivité européenne ces trois prochaines années, contre 38% en 2018. 

Parvenir à un accord d’échange entre le Royaume-Uni et l’UE sera d’ailleurs crucial pour relancer les IDE entrants dans les deux zones. D’autant plus que la majorité des IDE entrants de l’UE proviennent en réalité d’Etats membres, et que la région s’est dotée d’outils de filtrage des investissements étrangers en avril 2019 afin d’évaluer (et éventuellement écarter) des projets hors-UE, en particulier chinois.

L’impact marqué du coronavirus sur les perspectives moyen terme

La crise du Covid-19 a quelque peu rebattu les cartes de l’attractivité des régions européennes. Le premier impact a été une baisse significative des niveaux d’investissements : 25% des projets ont été décalés à une date ultérieure et 10% ont été totalement annulés. Les 65% restants sont soit en cours de réalisation, soit déjà réalisés, avec toutefois une réduction de la taille et du plan de recrutement.

Le ressenti des investisseurs étrangers dans le contexte du Covid-19 (Source : EY) 

La soudaine contraction des économies a nécessité la réévalution de la viabilité économique de certains projets d’investissements. Un travail d’autant plus difficile au vu de l’incertitude généralisée, la difficulté à réaliser des prédictions et l’impossibilité de comparer la situation à des antécédents. On peut toutefois supposer que les industries positivement impactées par le Covid-19 (dont les sciences de la vie, l’e-commerce ou le divertissement en ligne) ne vont pas enregistrer de baisse significative de leur niveau d’investissement.

Pour les Etats, tout se joue maintenant : 80% des entreprises déclarent qu’elles prendront en compte la nature et le contenu des plans de relance nationaux pour le lieu de leur prochain projet d’investissement. Et la France l’a très vite compris avec ses prises de position consécutives :

  • Un plan de 450 milliards d’euros d’aides et de garanties pour les entreprises françaises (représentant environ 20% du PIB national)

  • Le gel de l’augmentation des taxes sur plusieurs mois et la baisse des impôts dits de production

  • Le soutien d’un plan de relance européen de 750 milliards d’euros constitué de subventions et prêts

La crise du Covid-19 aura eu pour effet d’accélérer trois tendances qui se dessinaient déjà ces dernières années : la digitalisation croissante des économies (avec l’utilisation renforcée de nouvelles technologies pour réduire davantage les coûts et optimiser les processus de production), la considération renouvelée du thème du développement durable (avec sa prise en compte dans les décisions d’investissement) et la réorganisation des chaînes d’approvisionnement (avec un objectif de résilience et non plus de réduction des coûts à tout prix). 

Autant de projets nécessitant des investissements massifs, sur le long terme et sur plusieurs territoires contigus. La restructuration des chaînes d’approvisionnement, avec la constitution de chaînes régionales plutôt que mondiales, devrait ainsi profiter à l’économie européenne sous forme d’IDE entrants et de nouveaux rapprochements régionaux UE/Afrique.

Les perspectives pour le capital-risque français

Côté français, le déploiement de plans massifs de soutien est a été un élément clé pour limiter les effets de la crise. Un engagement qui doit se poursuivre pour financer la relance, en particulier en capital-risque : l’investissement en capital-amorçage doit être soutenu pour permettre à la prochaine génération d’entrepreneurs de capitaliser sur le bel écosystème de la French Tech. Plus de 5 000 startups ont déjà bénéficié des prêts garantis de l’Etat, un chiffre record. L’action de Bpifrance est ainsi à saluer.

Le relais doit dorénavant venir des investisseurs eux-mêmes, à savoir les fonds mais aussi les particuliers : les Français ont épargné plus ces quatre derniers mois que les douze mois précédents (source : Pascal Cagni). Ils ont ainsi mis de côté 60 milliards d’euros qui pourraient être investis dans les prochaines pépites nationales.


Après des années de réforme, la France est parvenue à la tête des pays européens attirant le plus d’IDE. Une position historique qu’elle entend bien garder, capitalisant sur les incertitudes restantes autour du Brexit et multipliant les engagements forts pour soutenir ses entreprises. Si la crise du Covid-19 a un potentiel de bouleversement indéniable, l’Hexagone a également les moyens de maintenir voire creuser son avance. Les actions du gouvernement ces prochains mois seront déterminantes pour les niveaux d’investissement à court et moyen terme.

Références :

  • How can Europe reset the investment agenda now to rebuild its future? EY

  • The World in Europe, global FDI flows towards Europe ESPON

  • Marc Lhermitte (EY) et Pascal Cagni (Business France) : La France, pays le plus attractif d'Europe en 2019 BFM Business

Avec la contribution de
anna@eldorado.co's picture
Anna Richard

VC Analyst @ Eldorado

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