Le financement de l’innovation par les banques

Panorama de toutes les solutions bancaires à destination des PME, TPE et startups


Ecosytème startup
Publié le 28/01/2020

>>> Dans le contexte d'incertitude économique lié au Covid-19, le gouvernement français intervient massivement pour soutenir les startups de la French Tech. Parmi toutes les mesures, trois dispositifs sont actuellement déployés par les banques : le Prêt Atout, le Prêt Lemaire et le Prêt Garanti par l'Etat (PGE). Retrouvez tous les détails ci-dessous dans la section "Le recours aux prêts/emprunts".

De part leur rôle au cœur des flux financiers, les banques sont un acteur incontournable de l’économie. En redirigeant l’épargne vers les projets en besoin de financements, elles permettent aux professionnels de se lancer ou maintenir leur activité. 1 054 milliards d’euros de crédits ont ainsi été octroyés aux entreprises françaises entre mai et septembre 2019(1) .

Pourtant, le profil de risque des TPE et surtout des startups les prive souvent de la possibilité d’un financement auprès d’un établissement bancaire, nécessitant d’envisager d’autres options de financement. Les banques ne manquent toutefois pas d’inventivité pour proposer des dispositifs adaptés à tous les profils. 

L’activité des banques se décline en deux volets principaux : le financement par la dette via des prêts et crédits traditionnels (plus adapté aux PME) et l’investissement en fonds propres via l’activité de capital-risque et le rachat (à destination des startups). Retour sur l’ensemble de ces solutions et leurs avantages.

Les solutions bancaires traditionnelles

Les solutions bancaires traditionnelles se résument aux prêts, crédits et autres dispositifs alternatifs : en somme, l’activité historique des banques. Si ces solutions ont l’avantage de ne pas diluer l’entreprise, la réalité financière des startups pose souvent problème pour les obtenir. Un business model basé sur des immobilisations incorporelles ou la difficulté à prévoir la réalisation de profits sont des freins pour obtenir un financement par la dette.

Le recours aux prêts/emprunts

But du financement

Les entreprises peuvent solliciter des prêts pour démarrer leur activité, louer ou acquérir de nouveaux locaux et équipements, investir dans de nouvelles infrastructures, prospecter en vue d’une expansion à l’étranger, racheter une entreprise ou encore renflouer les caisses lors d’une levée de fonds qui s’éternise.

Modalités 

Les banques exigent un certain nombre de garanties du débiteur afin de s’assurer de sa solvabilité. 

  • Le niveau des fonds propres est systématiquement vérifié pour s’assurer qu’il est suffisant et déterminer le montant potentiel du prêt. Le ratio de solvabilité maximum (=endettement net/fonds propres) peut varier entre 20 à 50% selon l’activité de l’entreprise. Afin de l’augmenter en amont des discussions, vous pouvez soit recourir aux prêts d’honneur, soit ouvrir un compte courant d’associés bloqué. Les prêts d’honneur (proposés par Réseau Entreprendre, Initiative, Raise, Wilco) ont l’avantage d’être à taux 0 et de faire effet de levier sur votre prêt bancaire, pensez-y !
  • Des garanties additionnelles sont habituellement requises, variables selon la nature de l’actif financé. Vous et vos associés pouvez avoir à vous porter caution personnellement ou mutuellement ou établir un fonds de garantie par exemple. Pensez également aux organismes de garantie, dont Bpifrance, France Active Garantie, Siagi ou encore le FGIF (Fonds de Garantie à l’Initiative des Femmes) qui peuvent garantir jusqu’à 80 % du montant emprunté. Bpifrance propose une multitude de garanties à chaque étape de développement des entreprises : la Garantie création couvre par exemple jusqu’à 60% du concours bancaire pour les entreprises nouvellement créées.
  • Les antécédents financiers sont étudiés avec attention car ils démontrent la capacité de remboursement de l’entreprise. Cette exigence exclut indirectement les TPE et startups, qui ont souvent un historique de crédit limité et n’ont pas l’expertise pour réaliser des documents financiers sophistiqués.

A noter toutefois que certaines banques proposent des solutions dédiées directement aux fondateurs, afin de les aider dans leur démarrage. C’est le cas du CIC, du Crédit du Nord ou ou de la BNP avec son prêt d’amorçage.

Interlocuteurs

Seules les banques (de crédit) traditionnelles peuvent proposer des prêts - les néobanques sont exclues. Le Crédit Mutuel, la Société Générale, le LCL, le CIC, la Banque Postale, la BNP Paribas, HSBC et la Caisse d'Epargne (avec son nouveau dispositif Néo Business) figurent parmi les banques professionnelles les plus populaires. Nous vous conseillons de rentrer directement en contact avec votre conseiller bancaire professionnel lors de l’ouverture de votre compte. Il sera à même de vous rediriger vers les mécanismes adaptés au sein de l’agence. 

Bonus : Les prêts Covid-19

Trois dispositifs ont été mis en place par Bpifrance en collaboration avec les banques françaises :

  • Le Prêt Atout : un prêt sans sûretés réelles accordé aux entreprises possédant au moins 12 mois de bilan. Les PME peuvent obtenir jusqu'à 5m€ et les ETI jusqu'à 30m€ avec un taux de 2%. 
  • Le Prêt Lemaire : une ligne de crédit garantie à 90% par Bpifrance pour les entreprises possédant au moins 12 mois de bilan ainsi qu'une notation de la Banque de France supérieure à 5+. Son montant peut aller jusqu'à 25% du chiffre d'affaires.
  • Le Prêt Garanti par l'Etat (PGE) : un prêt de trésorerie d'un an d'un montant max de 25% du chiffre d'affaires ou 2 fois la masse salariale. Le taux de garantie évolue entre 70 et 90% en fonction du chiffres d'affaires et/ou de la masse salariale.

Le recours aux crédits, court-terme et moyen-terme

Les crédits constituent également une solution court et moyen-terme pour répondre aux besoins ponctuels de financement des entreprises. Ils se déclinent en crédits de trésorerie ou crédit de mobilisation de créances. Près d’¼ des startups early stage font recours au crédit bancaire privé(2).

Sources de financement mobilisées depuis la création (source : Mazars et Estimeo)

Crédits de trésorerie

  • Facilité de caisse : sous demande de l’entreprise, la banque peut accorder un découvert provisoire de 15 jours maximum par mois calendaire. Cette solution permet de faire face à des dépenses imprévues et ponctuelles (paiement des salaires, de l'URSSAF ou de la TVA).
  • Autorisation de découvert : à la différence de la facilité de caisse, le découvert est accordé par la banque au moment de la convention de compte et pour une durée plus longue. Son utilisation est la même, à savoir couvrir les dépenses imprévues, mais l’avantage de cette flexibilité financière coûte cher. On trouve par exemple le crédit de campagne, destiné aux entreprises ayant une activité saisonnière.
  • Financement de factures à la demande : solution souple pour répondre à un besoin ponctuel et limité de trésorerie, ce dispositif permet de faire financer une ou plusieurs factures sans engagement de durée, ni de montant de remise. Il peut être intéressant en cas de délais de règlement accordés à des clients ou d’activité saisonnière. La Société Générale propose à ce titre deux offres en fonction du montant, jusqu’à 150k€ ou de 150 à 1 500k€.

Crédits de mobilisation de créances

  • Affacturage : si le besoin de financement de factures devient récurrent et/ou traite de sommes plus importantes, il convient alors de basculer vers un contrat d’affacturage comprenant une commission entre 0,1% à 2% du montant des factures.
  • Escompte : surtout utilisé par les commerçants, l’escompte consiste en la cession à la banque d’un effet de commerce (=lettre de change ou billet à ordre) avant sa date d’échéance. En contrepartie, la banque règle l’effet de commerce déduit des frais et intérêts, ce qui permet à l’entreprise d’obtenir son paiement plus rapidement.

Les solutions additionnelles

Le financement des crédits d’impôts

Certaines banques dont la Société Générale proposent de financer le CICE ou le CIR : en échange de la cession de la créance fiscale à la banque, l’entreprise bénéficie d’une avance de trésorerie partielle sur son crédit d’impôt. L’Administration fiscale rembourse ensuite le crédit d’impôt à la banque à la date prévue.

La dette mezzanine

La dette mezzanine est une dette bancaire - constituée de capitaux propres et d’emprunts - subordonnée au remboursement d’une dette antérieure : tant que la première n’est pas intégralement remboursée, le remboursement de la seconde ne peut débuter. On parle de dette junior (dette mezzanine) et dette senior. Ce financement est relativement long, entre 8 à 10 ans en moyenne et a l’avantage d’offrir des modalités de remboursement souples.

Son utilisation se réalise dans deux principaux cas de figure : le cas d’entreprises en forte croissance et le cas de rachats d’entreprise via montages financiers complexes. A noter que les fonds obtenus sont constitutifs de fonds propres, ce qui renforce la crédibilité de l’entreprise pour solliciter d’autres prêts bancaires.

L’ouverture d’une Livret d'Épargne Entreprise

Proposé par une minorité d’établissements bancaires, le LEE consiste en une phase d’épargne de 2 à 5 ans qui permet d’obtenir un prêt à taux préférentiel ultérieurement. Cette solution vise à financer la création ou reprise d’entreprise ou bien l’acquisition d’immobilisations incorporelles et corporelles par exemple.

Du fait de leur taux de risque bloquant, ces solutions bancaires traditionnelles restent relativement peu utilisées par les startups. Un nouveau pan de solutions bancaires s’est toutefois récemment développé pour répondre à leurs besoins.

Les nouvelles solutions bancaires à destination des startups

Au vu des critères de risque et solvabilité liés au financement de la dette, de nouvelles solutions ont été développées par les banques ces dernières années. Ces dispositifs, mieux adaptés aux profils et besoins des startups, se résument à trois catégories : les solutions d’accompagnement via les incubateurs de banques, l’investissement en capital-risque direct et indirect et les opérations de M&A.

Les solutions d'incubation et d'accompagnement

Afin d’être au plus tôt près des entrepreneurs et apparaître comme un interlocuteur de confiance sur la durée, les banques ont ouvert de multiples incubateurs et accélérateurs ces dernières années. C’est le cas de :

  • La Banque Postale avec platform58, 
  • Le Crédit Agricole avec Village by CA et Fabrique by CA
  • La Banque de France avec Le Lab,
  • La Société Générale avec Le Plateau, 
  • BNP Paribas avec Atelier WAI,
  • ou encore la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes avec Incubateur HUB612

D’autres institutions, comme la Banque Populaire, ont plutôt fait le choix de devenir les partenaires officiels d’incubateurs déjà existants.

L'investissement en capital-risque direct et indirect

L’investissement direct des banques

L’investissement direct des banques consiste à leur participation aux tours de table de startups en tant que corporate ou via leur bras d’investissement dédié (=CVC, corporate venture capital). A ce titre, les institutions les plus actives sont BNP Paribas Développement (avec 11 deals communiqués en 2019, ce qui en fait un des investisseurs les plus actifs toutes catégories confondues), le Crédit Agricole Alpes Développement (C2AD), le Crédit Agricole Ille-et-Vilaine Expansion et Arkéa Capital.

L’investissement indirect des banques

Certains groupes bancaires font également office de LPs dans des fonds d’investissement français de premier plan : c’est le cas du Crédit Mutuel Arkéa dans ISAI, Daphni et BlackFin Tech ; la Caisse d'Epargne Rhône-Alpes dans Hi Inov et Axeleo ; BNP Paribas dans Axeleo et Elaia, CapDecisif Management, Loire Valley Invest ou encore Irdinov ; et Société Générale dans Partech, Daphni, 360 Capital Partners et Paris Saclay Seed Fund.

Le rachat de nouveaux acteurs bancaires ou Fintech

La cagnotte en ligne Leetchi, l’application de paiement mobile Pumpkin, le site de crowdfunding KissKissBankBank & Co et la solution d’API Budget Insight sont autant de Fintech françaises rachetées par des banques ces dernières années. Selon les solutions, elles sont trouvent soit intégrées aux solutions de la banque, soit font profiter de leur expertise sur des projets communs (en gardant leur nom et activité initiale comme précédemment).

Derrière ces rachats, l’enjeu pour les banques est d’acquérir des années de R&D et proposer des produits innovants aboutis. Car les attentes de leurs clients se font pressantes : selon une étude Wavestone & Elable (2018), 67% des Français estiment que les banques ne sont plus adaptées à leurs nouveaux besoins. C’est aussi par crainte de paraître et d’être dépassé que les banques “achètent” leur innovation.

A noter que l’intégration de ces technologies ou du moins l’association des entités se fait relativement aisément dans le secteur Fintech, car ces startups ont habituellement des partenariats déjà établis avec les banques : ainsi, plus de la moitié des Fintech ont un ou plusieurs partenariats avec des banques et assurances. Le rachat par une banque après des mois voire des années de collaboration en est facilité.


Face aux limites du financement par la dette, les banques multiplient les dispositifs alternatifs pour n’exclure aucune catégorie d’entreprises. Structures d’accompagnement, intervention en fonds propres via investissement ou rachat, les institutions bancaires ont compris qu’elles avaient beaucoup à gagner de nouer des relations de longue-durée avec les startups. Elles constituent de fait un interlocuteur incontournable de financement de l’innovation française, sur le court-terme comme le long-terme.

Eldorado référencera bientôt les dispositifs bancaires, en plus des sources de financement publiques et privées. Inscrivez-vous ici pour ne pas manquer la mise à jour !

Références

(1) Banque de France

(2) Les start-up early-stage en France : pratiques et perspectives, Mazars et Estimeo

Avec la contribution de
anna@eldorado.co's picture
Anna Richard

VC Analyst @ Eldorado

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